La petite librairie

La Chronique de Fabienne

Sa blancheur infinie de banquise m’attire et me terrorise…

Sa blancheur infinie de banquise m’attire et me terrorise… La page destinée à recevoir les premières phrases de ce roman me trotte dans la tête depuis des semaines. En moi, les mots coulent comme de l’eau, l’histoire est fluide, les personnages, tangibles, suivent leur vie propre, se rencontrent, se frottent les uns aux autres, le tout dans des paysages parfaits. Tout est à sa place. Mais il suffit que ma main s’empare du stylo pour que tout s’évapore, se disloque, se brouille dans un magma insaisissable.

Qui n’a pas ressenti ce vertige de néant quand, au commencement de sa vie, tout était encore possible, tout était encore à écrire ? Nos décennies sont des chapitres se succédant au fil des pages. Mais qui les écrit ? Qui a transformé à sa guise cette belle histoire que nous avions dans la tête ? Nous traçons les grandes lignes et nous aimerions fignoler les détails mais un correcteur automatique nous devance presque à chaque fois et change les cartes du jeu et la règle. Beaucoup se découragent et en sont réduits à tourner les pages d’une histoire qui les dépasse, qui n’est pas celle dont ils auraient rêvé, mais d’autres se refusent à cette passivité de métronome. Se saisissant de l’ouvrage, ils en reprennent possession, les lignes bien tracées redeviennent brouillons grouillant de vie. Ils sautent des lignes, reviennent sur leurs pas, arrangent les chapitres à leur guise et, jusqu’au point final, jettent à la face du monde leur style inimitable.

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