Mon premier souvenir de lecture…

Mon premier souvenir de lecture restera toujours la vision de l’index de mon arrière-grand-mère glissant lentement, au rythme de sa voix douce, le long des phrases de mes livres d’enfant. Son enfance à elle s’était déroulée dans les toutes dernières années du XIXe siècle. Jeune fille, elle avait connu la boucherie de 14-18 qui lui avait arraché deux de ses frères, puis, femme mûre, la Seconde Guerre, dont les suites eurent raison de sa mère dans des circonstances dramatiques.

Toute sa vie, elle regretta de ne pas avoir fait d’études, et pourtant, elle écrivait si bien, son écriture était si belle comme en témoigne sa foisonnante correspondance avec son amoureux envoyé au front.

Souvent, le dimanche matin, nous allions à l’église du quartier. Laquelle d’entre nous guidait l’autre ? Sa sagesse contenait mon énergie, ma jeunesse servait d’appui à sa démarche fragile. J’aimais ce temps de la messe, ce moment suspendu que je partageais avec elle. Aucune amorce de foi n’a jamais vibré en moi mais j’y ai certainement puisé mon amour des églises et de leur architecture.

Je connaissais parfaitement le déroulé de la cérémonie religieuse. J’attendais avec impatience le moment où les fidèles étaient invités à chanter. Je saisissais alors le vieux missel de mamie, je l’ouvrais au hasard et, ne sachant pas encore lire, je suivais du doigt d’un air inspiré n’importe quelle ligne, de n’importe quelle page, pour faire «grande». J’ai toujours eu de l’oreille et je chantais de mémoire, à tue-tête et assez juste je crois, tous les chants religieux de la cérémonie.

Je me surprends parfois, encore aujourd’hui, à suivre les lignes de mes livres et à retrouver le plaisir de la lecture à haute voix. J’ai alors la curieuse sensation d’une douce main guidant la mienne et d’un parfum flottant de rose poudrée.

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