Recette de livre

Sur un papier de belle qualité, mettre une bonne dose d’imagination.

Creuser un petit puits au milieu et y distiller quelques grammes de légèreté, un soupçon de mystère et beaucoup de curiosité.

Bien mélanger avec une plume. Quelques gouttes d’encre donneront une jolie couleur aux phrases qui commencent alors à se former.

Pour éviter les grumeaux, tourner très doucement les pages.

À ce stade, s’il s’agit d’un livre d’amour, glisser une bague dans la pâte, pour un polar y cacher une balle, pour un essai, quelques neurones supplémentaires permettront une meilleure digestion de l’œuvre.

Verser enfin dans une couverture reliée en cuir repoussé (les tranches d’or sont facultatives mais toujours appréciées par les amateurs).

Glisser ensuite dans un sac, une poche, sur une table de nuit ou le zinc de café et consommer, par petites doses, dès que l’envie vous en prend.

Bon appétit…

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Mon premier souvenir de lecture…

Mon premier souvenir de lecture restera toujours la vision de l’index de mon arrière-grand-mère glissant lentement, au rythme de sa voix douce, le long des phrases de mes livres d’enfant. Son enfance à elle s’était déroulée dans les toutes dernières années du XIXe siècle. Jeune fille, elle avait connu la boucherie de 14-18 qui lui avait arraché deux de ses frères, puis, femme mûre, la Seconde Guerre, dont les suites eurent raison de sa mère dans des circonstances dramatiques.

Toute sa vie, elle regretta de ne pas avoir fait d’études, et pourtant, elle écrivait si bien, son écriture était si belle comme en témoigne sa foisonnante correspondance avec son amoureux envoyé au front.

Souvent, le dimanche matin, nous allions à l’église du quartier. Laquelle d’entre nous guidait l’autre ? Sa sagesse contenait mon énergie, ma jeunesse servait d’appui à sa démarche fragile. J’aimais ce temps de la messe, ce moment suspendu que je partageais avec elle. Aucune amorce de foi n’a jamais vibré en moi mais j’y ai certainement puisé mon amour des églises et de leur architecture.

Je connaissais parfaitement le déroulé de la cérémonie religieuse. J’attendais avec impatience le moment où les fidèles étaient invités à chanter. Je saisissais alors le vieux missel de mamie, je l’ouvrais au hasard et, ne sachant pas encore lire, je suivais du doigt d’un air inspiré n’importe quelle ligne, de n’importe quelle page, pour faire «grande». J’ai toujours eu de l’oreille et je chantais de mémoire, à tue-tête et assez juste je crois, tous les chants religieux de la cérémonie.

Je me surprends parfois, encore aujourd’hui, à suivre les lignes de mes livres et à retrouver le plaisir de la lecture à haute voix. J’ai alors la curieuse sensation d’une douce main guidant la mienne et d’un parfum flottant de rose poudrée.

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Les mots de Patricia B. sur Fusil de Muriel Roche

Immersion dans une nature, immersion dans une écriture. Deux âmes parallèles, deux intériorités si bien décrites par les mots de Muriel Roche. Le titre «Fusil» nous fait débuter le roman avec l’idée que nous partirons dans le domaine de la chasse. Il y a effectivement un fusil, il y a la chasse, mais de laquelle s’agit-il vraiment? Des mondes s’opposent. On est tantôt à la lisière d’un monde onirique tellement la nature nous est contée avec sensibilité, tantôt pris dans une danse lente où les deux personnages, Nell et Sam, se frôlent, se cherchent. Se retrouveront-ils ? Deux univers et une attraction d’âmes.

L’écriture de l’auteur donne tout son relief au roman. Une façon singulière et personnelle de conter le présent et l’hypersensible. Ses phrases, par moments courtes, cinglent, posent l’action, donnent le rythme. Elle choisit de nous faire entendre plusieurs voix : celle du narrateur qui nous met dans la position classique du lecteur et, par intermittence, celle de Sam puis de Nell qui nous projettent dans l’action.

Sam, devenu chasseur contre son gré, a un rapport à la nature puissant. Comme un Indien, il est chargé de rituel face à la mort de l’animal. Il est dans l’écoute des éléments qui l’entourent, les sens en alerte, solitaire et hors système.

Nell, meneuse d’un petit groupe en quête de déconnexion, fuit le monde tout en restant, en partie, à l’intérieur. Ces deux-là vont-ils se rejoindre ?

Pour un premier roman, Muriel Roche nous offre là un bijou.

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